
12/04/2024
Notre alimentation dépend de l’énergie fournie par le soleil. De la chaleur et de la lumière directement issues de son rayonnement à son influence sur le cycle de l’eau, de la photosynthèse au mouvement des vents, l’énergie solaire est la source primordiale à l’origine de toutes les autres.
Et si nous payions nos aliments à leur coût réel ? La sol est une monnaie indexée sur le soleil : elle permet de régler ses achats alimentaires en fonction de la quantité d’énergie mobilisée pour les produire et des effets de leur production sur les écosystèmes. En mesurant des coûts habituellement cachés (pollution, raréfaction des ressources, maladies, etc.), la sol favorise une agriculture respectueuse de l’environnement et une alimentation saine pour chacun·e.
Contexte
La sol permet d’expérimenter un modèle économique radical, dans lequel le métabolisme humain et les besoins en énergie du mode de vie moderne sont évalués en fonction de leur consommation d’énergie solaire transformée par la biosphère. En quoi ce modèle est-il révolutionnaire ? Il permet de questionner ce qui a vraiment de la valeur et de mettre en lumière tous les effets négatifs du système agro-alimentaire actuel, de plus en plus déconnecté des systèmes naturels dont il dépend pourtant et qu’il épuise.
Des tomates en hiver ? Pas de problème ! Du café ghanéen ou colombien tous les matins ? Et pourquoi pas ? Les paradigmes de la mondialisation et de la croissance économique ont ouvert une infinité de possibilités… sans prendre en compte les limites de la planète Terre. L’économie libérale classique omet de compter tout un ensemble de facteurs dans son mode de calcul des prix. Or, tout ce qui n’est pas compté ne compte pas : les conséquences environnementales, sociales et sanitaires de l’agro-business sont actuellement invisibilisées dans la comptabilité. Dans ce cadre, comment calculer le coût réel des aliments afin de mettre en place un système alimentaire durable, qui préserve la santé de l’environnement et des humains, tout en proposant des produits savoureux ?
Le projet sol → la monnaie solaire adresse plusieurs enjeux :
Bénéficiaires
Le projet s’adresse à :
Biais de représentation et nouveau langage
Le système économique actuel nous propose un récit centré sur l’efficacité, l’optimisation volumique de la production, la croissance illimitée tout en invisibilisant sa dépendance profonde à des ressources finies et ses effets néfastes sur la santé humaine et environnementale.
La monnaie que nous manipulons au quotidien dans sa forme physique ou numérique est le vecteur de ces invisibilisations. La monnaie solaire propose un nouveau récit où la création de valeur est directement indexée sur une valeur physique, réelle : l’énergie solaire reçue. Le soleil est sans aucun doute le symbole le plus universel qui soit, représenté dans toutes les mythologies. Il éclaire chaque être vivant, est la source de toute vie et donc de toute notre nourriture. Développer la monnaie solaire, c’est porter le récit d’une alimentation universelle, équitable, harmonieuse et saine.
Le projet vous propose de découvrir un présent alternatif... que vous allez pouvoir explorer dans la suite de cet article.
Nouvel·le arrivant·e dans la biorégion Monts du Lyonnais-Beaujolais, vivez l’expérience de la sol, la monnaie solaire locale ! Cette monnaie a été déployée en 2019 et est aujourd’hui (en 2024) la seule valeur d’échange pour tous les produits alimentaires sur la biorégion.



Principes de fonctionnement de la monnaie (vision globale)
La monnaie sol est basée sur l’énergie solaire reçue. 1 sol correspond à quelques milliards de Joules solaires. Le coût des aliments correspond alors à l’énergie solaire mobilisée pour les produire.
Quelques exemples pour illustrer ces nouveaux ordres de grandeur :

Le coût de production des aliments est construit à partir de deux données essentielles :
– l’emergy, ou mémoire de l’énergie qui représente le coût énergétique solaire nécessaire à la production de tout élément. L’emergy est mesurée dans des travaux de recherche émergents.
– les couts cachés évalués par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, mesurés en pourcentage de la valeur produite en sol.
Chaque habitant·e reçoit la même quantité de sol dans la biorégion : 355 sol par mois pour un adulte, correspondant à l’ensoleillement équitablement réparti entre toutes et tous. Certains produits deviennent ainsi très accessibles, proches de la gratuité (céréales, légumineuses, fruits et légumes, produits peu transformés…) tandis que d’autres deviennent des produits festifs que chacun ne peut consommer qu’occasionnellement (produits transformés, viandes rouges, sucre…).
Dans la boulangerie sont disposées différentes visualisations et panneaux d’informations. On y découvre par exemple le circuit de production du pain et la répartition des gains entre les producteur·ices :


La sol assure une répartition équitable entre les producteur·ices et distributeur·ices, favorisant les pratiques peu consommatrices d’énergie (peu mécanisées, avec peu d’intrants…). Pour illustrer ce point une dataphysicalisation est exposée :

Ainsi le pain bio a un prix très proche du pain pétrochimique. Mais les coûts sont répartis de manière très différente : dans le cas du pain bio, plus des 2/3 du prix reviennent aux producteur·ices, contre moins de la moitié dans le pain pétrochimique. Le pain pétrochimique intègre en sol des nombreux coûts habituellement cachés et non pris en compte : coût sanitaire, coût climatique… Ces coûts cachés sont estimés à plus de 177 milliards d’euros par an en France (source Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation : https://www.fao.org/interactive/state-of-food-agriculture/fr/). La sol prend donc non seulement en compte le coût énergétique solaire mais aussi les coûts cachés des impacts de production à court et long termes.
Cela n’empêche pas d’acheter à prix raisonné une baguette et un sandwich parmi la carte de la boulangerie !

De plus, sur les étiquette de prix des produits est apposé un sol-score qui permet aux citoyen·nes de mieux décrypter le processus de production des aliments et de mesurer leur coût réel exprimé en sol.


Le ou la médiateur·ice sol vous reprend au sortir de la boulangerie : la monnaie fête ses 5 ans, déjà !
C’est l’occasion de revenir sur son émergence et son mode de fonctionnement.


Mais surtout la sol a été imaginée par et pour les habitant·es de la biorégion ! Il est donc temps de donner votre avis sur cette monnaie pour la faire évoluer pour les 5 prochaines années !
Voici un recueil de remarques :
Pour lire ou écouter les témoignages plus en détails, voir la page dédiée : Podcasts et retours
Comment ça marche ?
Expérience théâtrale et immersive → 4 médiacteur·ices : un·e boulanger·e, un·e habitant·e, un·e agent·e de la métropole, un·e podcasteur·ice, dans un espace clos, mis en scène comme une boulangerie.

Temporalité : 10 min.
Outils physiques : un comptoir, une table mange-debout, un tabouret haut, une carriole, des outils de prise audio, des pochoirs et des pastels gras blancs pour colorier le logo correspondant à notre charte graphique sur le comptoir.
Outils infographiques : datavisualisations et autres visuels graphiques présentés avant (sources disponibles ci-dessous)
Ce dispositif peut aussi être condensé, en enlevant la partie boulangerie, et en gardant seulement les différentes infographies permettant d’immerger les visiteur·euses dans ce monde alternatif ou la sol serait devenue la nouvelle monnaie alimentaire depuis 5 ans.
Indicateurs du changement
Notre projet cherche à questionner les visiteur·euses sur trois points :
– réfléchir à leur rapport à l’argent en changeant de référentiel monétaire
– se rendre compte de l’impact environnemental (coûts sanitaires, climatiques, sociaux, etc.) de l’alimentation
– considérer l’alimentation comme un bien commun
Ce nouveau référentiel cherche à créer un monde plus égalitaire, dans lequel l’alimentation de qualité serait accessible à toustes indépendamment de leur budget.
Porteurs/Partenaires
– Disnovation : Nicolas Maigret
– Disnovation / Médialab Science Po / Editions 369 : Clémence Seurat
– Où sont les dragons ? : Diane Beaulieu
– Exo-dev : Natacha Salmeron, Julie Codina
– Radio Vino : Julien Gangand

Membres
– Ecole Supérieure de design de Villefontaine : Isaure Jorrand, Adèle Laurent, Julie Macé, Lise Zarcos
– Erasme : Anthony Angelot, Mathieu Weiss
Suivi et liens
– Boulangerie Antoinette
– Métropole de Lyon, service alimentation : Sarah Mulberger
– Aurélien Boutaud : prospectiviste environnement