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On tourne ! CCN grand format

jeudi 27 mai 2021

 

On tourne ! Classe Culturelle Numérique grand format

Menée en collaboration avec la Direction de la Culture de la Métropole de Lyon et l’Institut Lumière, la Classe Culturelle Numérique On Tourne a débuté en 2018 sur l’ENT.

Elle invite chaque année 10 classes de collégiens à réfléchir sur une thématique autour de laquelle ils écrivent un synopsis, définissent d’un plan de tournage et se constituent en équipe pour le jouer et le réaliser, avec d’aide d’un réalisateur et de l’équipe de l’Institut. Le montage définitif des 10 séquences est réalisé par le ou la professionnel.le et le film est projeté dans la grande salle de cinéma de la rue du 1er film en présence de tous les élèves et de leurs enseignants.

Flashback

En 2018 le réalisateur Hakim Fdaouch a accompagné les classes autour du film de genre et du thème de la discrimination. L’occasion pour les élèves de se pencher sur le film d’horreur, de le resituer dans l’histoire du Cinéma et de nous rappeler son utilisation fréquente pour aborder des sujets de société.

En 2019, Anne Guicherd et Carla Neff ont proposé le thème de l’autorité et le confinement survenu en cours de projet, a rappelé à tous les multiples manières de se voir imposer des contraintes.

L’année 2020 est, pour la vidéaste Tuba Gültekin-Roche, l’occasion de proposer une approche de notre vie quotidienne captée à partir d’images contemporaines, en écho aux premiers films ; ceux des opérateurs Lumière. Chaque classe a ainsi reçu le DVD Lumière, pour débuter l’aventure et les idées n’ont pas tardé à fuser sur la plateforme de la CCN !

Florilège de synopsis (première étape)

D’après la "Pêche aux poissons rouges" des frères Lumière :

« En 2020, dans un collège de la banlieue lyonnaise, Louis et Augustine, 15 ans, refusent de porter le masque. Punis, ils doivent ramasser les déchets dans la cour. En allant jeter les détritus, il trouvent dans les poubelles, des pancartes qui attirent leur attention. Mais que font ces pancartes dans les bacs ? Pourquoi dénoncent-elles les problèmes de notre société ? Quel est le lien avec cette vieille dame, qui revient du passé ? »

Vue des Frères Lumière : La Bataille de boule de neige

« En 2020, pendant la pandémie du COVID 19, la difficulté d’accès aux produits de première nécessité est dans tous les esprits. Les files d’attentes s’intensifient et certaines ressources viennent à manquer. A Lyon, les commerçants ne parviennent plus à remplir les rayons et la pénurie de papier toilette fait rage. L’angoisse s’empare de la population. Comment vivre sans papier toilette ? Quelles solutions pour remédier à ce problème ? Le marché noir ? La course au papier ? Le sujet intéresse les médias, les interviews pleuvent et sont diffusées en boucle sur toutes les chaînes d’informations. »

(Synopsis du Collège Gilbert Dru) :
« Un groupe d’amis trentenaires se réunit dans un café. Ils évoquent leurs souvenirs passés. Chaque anecdote les ramène de plus en plus en arrière, jusqu’à leur premier souvenir commun : cette fameuse bataille de boules de neige à l’école, au cours de laquelle ils sont devenus amis... pour la vie. »

« L’année 2020 avait visiblement marqué les élèves qui ont participé dans ce projet. » Remarque la réalisatrice. « L’écriture de leurs synopsis s’approchait ainsi de thématiques très actuelles : de la pandémie, du réchauffement climatique, notre vie quotidienne avec les masques... ».

Dans un autre synopsis, celui du Collège Jules Michelet on pouvait trouver le rapport humain, entre filles et garçons, au cœur de la réflexion. Leur enseignante a témoigné qu’ils étaient très touchés par « l’intervention de leur assistante sociale sur la lutte contre le harcèlement scolaire ». Ils ont écrit un premier synopsis en fusionnant la thématique du harcèlement scolaire et celle du mode de vie post-pandémie (en référence au film Lumière Défilé des Voitures de Bébés dans la Pouponnière de Paris) :

« Les élèves arrivent en file indienne en classe et se lavent les mains. Des garçons jettent des boulettes de papier sur une fille. Ils sont punis et les garçons nettoient frénétiquement les tables et ramassent les papiers. Les élèves sortent dans la cour pour jouer au foot et la fille harcelée marque un but. En file indienne, ils rentrent à nouveau dans la salle et se lavent les mains. Remerciements aux frères LUMIÈRE. »

Puis vient l’écriture du scénario (deuxième étape)

C’est au moment de la préparation cette seconde consigne que chaque classe exprime sa créativité, unique, notamment durant le travail approfondi sur les personnages, l’écriture des dialogues et la construction du décor.

  • Les élèves du Collège Louis Aragon écrivent par exemple des dialogues qui sont très représentatives de notre époque : sur l’utilisation des réseaux sociaux avec un langage actuel et informel.
  • Les élèves du Collège Clemenceau décident, eux, de faire un film muet ; les deux projet apportent des éléments symboliques sur une jeunesse qui vit à sa manière en 2020.

Les formes esthétiques que les classes choisissent sont assez variées, avec un film entièrement conçu par le biais des sons « hors champs » (par l’IME Oiseau Blanc) et un autre film qui nécessite d’intégrer les visages des élèves sur un film Lumière (par le Collège Alice Guy), les Krémos. Cette image est difficile à re-composer avec des images réels, car il s’agit d’une tour humaine géante bâtie par les Krémos, une famille d’acrobates de l’époque des Frères Lumière. La solution technique proposée par la réalisatrice fut donc d’utiliser un fond vert pour filmer les élèves acrobates séparément.

La préparation du tournage (troisième étape)

Les élèves ont commencé par re-travailler leur scénario pour le rendre plus « visuel » : faire le découpage technique et le Storyboard pour déterminer le cadrage, le pré-minutage pour prévoir la durée et l’adapter. Les classes ont choisi leurs comédiens et chacun a pris sa place pour un rôle dans l’équipe technique.

  • L’un des storyboards les plus collaboratifs est celui du Collège Clemenceau qui a combiné les photos prises par les élèves pendant la repérages avec les propositions de dessins de la réalisatrice.
  • Pendant ce temps les élèves de l’IME Oiseau Blanc, qui avaient choisi le film Lumière « Football » ont enregistré les sons hors-champs qu’ils allaient aussi utiliser pendant le tournage pour se remettre dans l’esprit d’un match de foot : Le son d‘ambiance des supporters, l’arbitre qui donne des commandes et qui siffle, les sons de plusieurs imprévus qui donnent son charme à ce match de football « extraordinaire ».

Ce fut un gros travail à en croire les commentaires publiés, les élèves et les enseignants apprécient particulièrement de recevoir les consignes de la réalisatrice au format audio « Les élèves comme moi sommes très sensibles à votre voix, nous avons l’impression d’être un peu avec vous » remarque une enseignante sur le forum.

Pitch sur les tournages

Le mois de mars fut celui des tournages ! Un passage à l’action qui est aidé par une formation des enseignants, animée par Tuba Gültekin-Roche et nécessaire pour appréhender la complexité d’un tel projet.

Les tournages ont eu lieu pendant une journée entière, intense pour toutes et tous.
Dans le Collège Gabriel Dru il y avait une équipe de décor très professionnelle qui a réussi à transformer une salle du collège à un vrai café à la lyonnaise, tandis que les accessoiristes du Collège Gabriel Rosset ont créé des faux journaux, fausses pancartes et plaques d’immatriculation pour illustrer une année 2020 hors du commun.

Les élèves du Collège Alice Guy se sont servis de leurs cours d’Arts Plastiques pour créer un univers à la « Michel Gondry » - grand réalisateur inspirant avec ses décors et accessoires faits à la main - en utilisant même une caméra faite à la main, plus grande que la cinématographe !

Retour d’expérience

La réalisatrice Tuba Gültekin-Roche revient sur les tournages dans ce contexte particulier, qui n’a pas amoindri la motivation des élèves :
« Dans les tournages on a vécu le plaisir d’échanger directement, face à face pour décider du cadre, collaborer ensemble comme une équipe de tournage professionnelle, on a appris à veiller sur le temps (qui passe trop vite !). Travailler sur la cohérence des plans à filmer, sur la continuité, entre les imprévus, les conditions de la météo et le trafic de comédiens. Le clap est passé d’une main à l’autre, d’un tournage à l’autre, jusqu’à ce qu’il soit bien usé et puis réparé par des techniciens très professionnels.

On était tous ravis et étonnés par l’ampleur de cette expérience : le temps et l’énergie à consacrer à un plan et les préparations en amont que cela représente ! Les scriptes ont travaillé minutieusement pour fournir les meilleures informations sur ce qui s’est passé pendant chaque prise. Dans le Collège Alice Guy ce sont aussi elles qui ont géré le planning de la journée, l’ordre de comédiens à inviter dans l’espace séparé, qui était réservée au studio de fond vert.

On a couru après le temps et aussi littéralement » décrit la réalisatrice qui a fait le travelling en courant derrière les comédiens avec le stabilisateur à la main, au Collège Clemenceau.

« On a aussi appris à chercher le silence absolu, pour pouvoir capter le son dans les meilleurs conditions, ou parfois le créer nous-mêmes :

  • tantôt pour le bruitage d’un objet qui joue un rôle important dans le film (dans le Collège Jules Michelet),
  • ou tantôt pour enregistrer les voix off des comédiens (dans le Collège Gabriel Dru), qui nous font voyager dans le temps.

Chacun en a eu sa propre expérience et notre point commun était l’engagement fort des équipes techniques dans cette aventure. » conclu-t-elle.

A quoi va ressembler le film ?

La variété des sujets abordés par les élèves, dans leurs scénarios, promet un programme de diffusion des films diversifié. Les films Lumières des années 2020, re-composés dans le but de raconter ses propres histoires, vont faire le lien entre chaque film, qui sera un court-métrage indépendant des autres.

6 films vont naître de cette aventure affectée par la pandémie, qui a finalement empêché 2 collèges inscrits de finaliser leurs projets. Ils auront des rythmes et des styles singuliers, fruits d’une riche collaboration entre plusieurs élèves, leurs enseignants et la réalisatrice.

Documents :

par Christophe Monnet, Julien Muzet, Tuba Gültekin-Roche